Une blague de randonnée : les randonneurs se sont séparés. La moitié d’entre eux ne voulait plus faire que de la randonnée. Pruha, une vraie blague à se taper sur les cuisses, un éclat de rire, un fou rire, la blague de randonnée la plus courte du monde ! Pas drôle ? Moi, je trouve que si. La question de fond est la suivante : y a-t-il des aspects comiques ou humoristiques dans la randonnée ? Je le crois. En soi, bien sûr, il n’y a rien de drôle à mettre un pied devant l’autre ou à contempler le paysage. En revanche, c’est autre chose lorsqu’on randonne le long de la Moselle avec un groupe de randonneurs luxembourgeois et qu’on passe devant un pâturage de bovins. Les vaches s’approchent, curieuses, puis la vingtaine de personnes se met également à chanter. Et les bovidés écoutent, émus ; s’ils pouvaient applaudir, ils le feraient, aucun doute là-dessus. J’ai trouvé cela très drôle.

Bien sûr, je suis aussi toujours heureux lorsque je vois un panneau indiquant une aire de stationnement pour randonneurs. Le randonneur avec son chapeau et son bâton, qui avance. La randonneuse, que dis-je, la dame en randonnée derrière lui, sans chapeau ni bâton, mais avec une jupe très courte, un sac à main et les cheveux au vent. Tous deux avancent à une vitesse incroyable ; ce panneau est définitivement le panneau de signalisation le plus comique d’Allemagne. Fait intéressant, il existe une variante badoise de ce panneau, une version plus décente : la dame en randonnée porte une jupe jusqu’aux chevilles et ses cheveux au vent sont noués en un chignon strict. Cela fonctionne aussi.


Le comique naît aussi du fait que le héros d’une histoire, disons un expert de la randonnée tout à fait respecté au niveau national, se retrouve sans cesse dans des situations qui le mettent à l’épreuve, pour ne pas dire qui le dépassent. Parcourir 82 kilomètres d’une traite. Être membre de l’Association de la Forêt souabe. Être suspendu dans la paroi escarpée de la face est du Watzmann. C’est une sorte d’équation mathématique de l’humour : la différence entre ce que l’on veut faire et ce que l’on est capable de faire est le germe du comique. Lorsque des phrases comme : « Je connais bien le coin, je n’ai pas besoin de carte de randonnée ! » ou « Il n’y aura absolument pas d’orage aujourd’hui » se heurtent à la réalité, c’est toujours assez drôle. Ou alors, on raconte simplement encore une blague de randonnée. J’en ai encore une : pourquoi Moïse a-t-il marché pendant quarante ans dans le désert avec le peuple d’Israël ? – Les hommes ne demandent pas leur chemin.